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Le Monde Atlantique

Le Monde Atlantique, n°53, Janvier 1994, pages 20 à 23.

L'HÔPITAL CHIRURGICAL MOBILE DE L'ARMÉE BELGE

Le présent article décrit l'Hôpital Chirurgical Mobile en utilisation à l'Armée Belge. On y trouve certains éléments pris en considération pour sa définition, ainsi que sa description fonctionnelle et technique.

Introduction

Dès la Première Guerre mondiale, le Service de Santé de l'Armée, confronté aux difficultés inhérentes à l'évacuation des blessés par le réseau de tranchées et des routes défoncées, étudia la possibilité de l'installation de postes chirurgicaux avancés.

C'est ainsi que, dans la ligne des avant-postes belges, fut installé le Poste Chirurgical Avancé de Sint-Jansmolen, qui sera actif durant 1 an, en 1916-1917.

La notion, la fonction et la base matérielle de la médecine mobile ont évidemment évolué au fil du temps et c'est ainsi que le 1er Hôpital Mobile de l'Armée Belge fut formé en 1949. En 1951, celui-ci donna le jour au 1er HCM (Hôpital Chirurgical Mobile). Sa mission de guerre était de se trouver aussi près que possible des unités au combat, pour traiter les blessés les plus gravement atteints et préparer leur évacuation. En temps de paix, le 1er HCM fonctionnait comme une clinique ordinaire; ensuite, il fut destiné à une utilisation en temps de guerre uniquement.

Durant toute cette période, la fonction médicale proprement dite du HCM était assurée par des équipements prêts à être disposés dans des bâtiments ad hoc trouvés dans les zones concernées, ainsi que sous tente.

A la fin des années 70, il parut nécessaire à l'Armée Belge de considérer l'intérêt de l'utilisation d'unités médicales mobiles à haut profil chirurgical, aptes à se rapprocher très près du champ de bataille.

Nonobstant la complexité et le poids des infrastructures chirurgicales à concevoir, ces unités devaient se caractériser par des performances de mobilité extrêmement élevées.

A cette même époque, l'Etat-Major du Service Médical des Forces Armées Belges se trouvait, en effet, devant un problème comportant plusieurs aspects:

  • la nécessité de modernisation des éléments les plus avancés de son 3ème échelon,
  • le souhait d'apporter un concept "chirurgical" à son 2ème échelon,
  • le besoin de faire participer le support médico-chirurgical aux missions aéroportées.

C'est ainsi que fin 1982 - début 1983, il fut décidé de développer, en collaboration avec des sociétés belges privées, un ensemble médico-technique complètement autonome, dont la configuration ferait appel à l'utilisation d'éléments modulaires standard (suivant les normes civiles pour la manutention et le transport) tout à fait indépendants. Cet ensemble devait former un plateau technique assurant les procédures de «ressuscitation et de chirurgie primaires » sur le front.

Il était également nécessaire que les éléments modulaires puissent être réunis, de manières à constituer des unités fonctionnelles à configuration variable, selon les besoins des missions assignées.


Les unités modulaires médicales MODULMED sont transportables par air par la plupart des avions-cargos, notamment le Hercules C130. Le déchargement par crics roulants embarqués permet une complète autonomie du système arrivé à destination

L'ensemble médico-chirurgical modulaire issu du processus de développement mentionné plus haut se caractérise principalement par :

  • la très grande mobilité et facilité de transport par route, train, et air (avions-cargos).
  • la rapidité de déploiement et de remplacement en moins d'une heure, même durant la nuit, et sur tout site envisageable.
  • la haute efficacité et performance des fonctions médicales et logistiques définies, à savoir :
    • l'examen et le conditionnement préopératoire,
    • le conditionnement opératoire (actes chirurgicaux majeurs, anesthésie),
    • le conditionnement post-opératoire,
    • l'examen radiographique et les examens de laboratoire,
    • la stérilisation, la fourniture en eau et en air comprimé,
    • l'autonomie de fonctionnement en ce qui concerne l'énergie, l'eau et l'air comprimé,
    • une plus grande flexibilité et adaptabilité du système aux besoins spécifiques des différentes missions,
    • très grandes robustesse et fiabilité correspondant à la sévérité des contraintes imposées par une utilisation militaire dans les conditions du front.


    Une unité de base comprend 4 à 8 unités modulaires

    Description fonctionnelle

    Lors du transport terrestre, chacun des modules est installé sur sa remorque. Arrivés sur le site choisi, les 4 modules sur remorques, représentant la configuration classique, sont assemblés en moins de 30 minutes (conditions de jour).

    Trente minutes supplémentaires sont alors nécessaires au personnel médical pour devenir complètement opérationnel.

    Le délai extrêmement court suffisant à cette préparation est dû au fait que la grande majorité des équipements se trouvent, déjà à l'origine, dans la position de travail, étant fixés de façon permanente aux panneaux des modules. Les autres équipements sont transportés dans des caisses compartimentées construites sur mesure. Ces caisses sont elles-mêmes fixées au sol des modules durant le transport.

    L'unité chirurgicale formée par les 4 modules a été conçue pour traiter, dans des conditions de sécurité totale, au moins 10 cas de chirurgie majeure d'urgence par jour.

    Elle n'est donc pas un assemblage de modules répondant uniquement à une complémentarité de fonction, mais constitue un système intégré représentant un hôpital chirurgical mobile cohérent et efficace, dont le but est de traiter les patients d'une manière optimale, de façon à éviter les pertes à partir de ce niveau.

    Deux plates-formes actionnées par commande hydraulique et attenantes aux modules préopératoire et SLT (stérilisation - laboratoire - technique) respectivement créent, par une rotation de 90°, une surface de circulation "à niveau" qui donne accès aux 4 modules. Le module préopératoire est accolé au module opératoire. Le module postopératoire est alors placé derrière la zone de circulation.

    Les combinaisons possibles des différents modules permettent de mobiliser de façon adéquate, en rapport avec la situation précise à laquelle il faut faire face, une partie ou l'ensemble du système.

    Le module opératoire et le module SLT peuvent ainsi constituer le support d'une mission aéroportée, ou l'adjonction de la fonction chirurgicale à toute unité médicale du second échelon.

    Dans des cas exceptionnels, l'utilisation de la salle opératoire seule peut même être envisagée. A l'autre extrémité de l'échelle, une configuration à 8 modules est apte à satisfaire les besoins médico-techniques d'un hôpital chirurgical mobile de 120 lits (3ème échelon).

    La module opératoire

    Conçu pour la chirurgie majeure avec diagnostic radiologique préopératoire (par graphie), le module est composé de la salle opératoire proprement dite et d'un local servant d'entrée pour le personnel venant de l'extérieur.

    La salle opératoire est équipée de façon complète avec, entre autres, appareils d'anesthésie à 3 gaz, cardioscope, bistouri électrique, appareil Rx ...

    Les interventions de tout type peuvent en principe y être entreprises. Les limites pratiques sont surtout liées au facteur "temps" ; l'unité devant se déplacer très rapidement, certaines opérations - par exemple, les grandes interventions vasculaires pour lesquelles les malades restent hospitalisés un certain temps avant qu'on puisse les déplacer - ne sont pas envisageables.

    Le sas d'entrée, équipé de tiroirs de rangement pour flacons et petit matériel, sert également de chambre noire et accueille l'installation pour le brossage des mains des chirurgiens. Ce local "entrée-chambre noire", d'un côté, et le module préopératoire, de l'autre, confèrent à la salle opératoire une bonne séparation de l'environnement extérieur.

    Le module préopératoire

    Attaché sans discontinuité à la salle opératoire (voir photo), ce module équipé de deux lits d'examen reçoit les blessés en vue de la préparation préopératoire ou pour les manœuvres de ressuscitation cardio-respiratoires. En cas d'afflux accru de blessés, des interventions chirurgicales mineures peuvent y être réalisées.

    Le module postopératoire

    A la faveur d'un mouvement de rotation descendante (90°), les parois latérales du module s'alignent au plancher, triplant la surface utile, ce qui autorise l'hospitalisation de 10 patients (voir photo ).

    Les 10 lits sont alimentés en oxygène par distribution centrale. Les deux lits centraux (articulés) sont équipés pour les soins intensifs (monitoring cardiaque, succion pleurale et trachéale).

    le module SLT (stérilisation -laboratoire - technique)

    Divisé en trois locaux, son rôle est d'assurer les services médico-techniques immédiats.

    Un premier local permet la désinfection et le nettoyage des instruments, la préparation des plateaux et leur stérilisation à l'autoclave (programme de fonctionnement automatique).

    Le second local est équipé pour la fonction de laboratoire clinique permettant, par des méthodes automatiques, de réaliser les principaux examens:

    • hématologiques,
    • biochimiques,
    • dosage d'ions.

    Un appareil de production d'eau distillée s'y trouve également installé.

    Le troisième compartiment, complètement séparé des deux précédents, assure sur le plan technique le fonctionnement des 4 modules.

    Son équipement inclut notamment :

    • le tableau général de distribution électrique,
    • la filtration, la réserve et la distribution de l'eau,
    • la production et la distribution d'air comprimé de qualité médicale.


    Salle d'opération

    Unité préopératoire

    Unité postopératoire/réanimation

    Laboratoire

    Description technique

    La mobilité, la flexibilité et la robustesse du système modulaire décrit ci-dessus sont garanties par les caractéristiques des différents matériaux et parties constituantes de l'ensemble.

    Le module

    Les parois sont constituées d'un panneau sandwich (mousse PVC à cellules fermées et laminat de polyester armé de fibres de verre), inscrit dans une structure métallique.

    Les dimensions du module sont celles d'un conteneur de transport standard de 20 pieds. Il possède également les éléments standardisés (coins ISO) pour sa fixation et sa manutention.

    L'utilisation d'équipements médicaux et techniques dans un contexte de mobilité implique des contraintes mécaniques extrêmement importantes et suppose une fixation rigoureuse de chacun d'entre eux. Cette fixation ne peut être réalisée que par la présence d'inserts métalliques robustes au sein des panneaux (sol, parois, plafond).

    Les modules sont conçus pour une utilisation dans des limites de température variant de -25° C à + 40° C.

    La remorque

    Les remorques, spécialement étudiées pour cette application, sont équipées de suspensions pneumatiques et garantissent un fonctionnement en «tout chemin ». La mise à niveau de l'hôpital mobile est assuré par des béquilles hydrauliques fixées de manière permanente sur chaque remorque.
    Les 4 remorques sont interchangeables.

    Equipement technique

    Chaque module est alimenté en électricité, eau et air médical à partir du compartiment technique du module SLT.
    L'alimentation électrique de ce module est assurée, soit par le réseau extérieur, soit par un groupe électrogène sur remorque.
    Le local technique comporte également l'unité de distribution d'eau incluant un réservoir de 1.300 l ., les filtres, l'adoucisseur et le groupe hydrophore.
    L'unité d'air médical est constituée d'un compresseur, d'un sécheur et d'un système de filtration et de régulation.

    L'oxygène médical arrive par distribution centrale aux trois modules qui reçoivent des patients, à partir d'une réserve située à l'extérieur des modules.

    En cas de coupure de l'alimentation électrique, un système de secours sur batteries s'enclenche automatiquement et assure trois heures d'autonomie aux lampes opératoires (modules opératoire et préopératoire).
    Le fonctionnement indépendant des réfrigérateurs pendant 24 heures peut être assuré, soit par l'unité de secours sur batteries soit par l'alimentation du véhicule tracteur.

    Chaque module possède son propre système de régulation de température; celui-ci, outre la filtration, assure le refroidissement ou le chauffage de l'air pulsé.

    Tests d'endurance

    Les tests d'endurance, réalisés sur la piste d'essais militaires OTAN de l'Armée Belge à Brasschaat, ont été subis par chacun des modules sur remorque, entièrement équipés.

    Ces épreuves comportaient notamment:

    • le test de vibration,
    • le test de torsion,
    • le test de freinage,
    • le test de piste "tout chemin",
    • le test de passage de dévers et de gués.

    De plus, une épreuve d'homologation a été réalisée en soumettant les modules aux manœuvres et contraintes spécifiques du transport aéroporté.
    Les essais ont été réalisés avec des avions-cargos Hercules C-130, mais la plupart des avions-cargos sont adaptés au transport de conteneurs standard 20'.

    De plus, une épreuve d'homologation a été réalisée en soumettant les modules aux manœuvres et contraintes spécifiques du transport aéroporté.

    Les essais ont été réalisés avec des avions-cargos Hercules C-130, mais la plupart des avions-cargos sont adaptés au transport de conteneurs standard 20'.

    L'ensemble des caractéristiques de l'Hôpital Chirurgical Mobile décrit dans le présent article a été contrôlé par les services techniques et médicaux de l'Armée Belge, lors des multiples essais «utilisateur ».

    Ces essais ont porté notamment sur :

    • la fiabilité du concept et du design,
    • la conformité avec les normes,
    • la résistance et la robustesse des remorques, des modules et des équipements,
    • les performances médicales et logistiques.

    Depuis 1987, date à laquelle cet Hôpital Chirurgical Mobile a été officiellement homologué par l'Armée Belge, des changements importants se sont produits dans le contexte géopolitique dans lequel notre monde évolue.
    C'est ainsi que les services médicaux des Armées se trouvent de plus en plus concernés par les problèmes liés à la Protection Civile de ses propres populations ou à l'occasion de missions de type humanitaire.
    De plus, l'élément «catastrophe » est unanimement considéré aujourd'hui comme un élément constant de l'existence de l'humanité.
    Dans ce cadre, ces dernières années ont vu d'autres armées appartenant aux pays de l'OTAN ou non, s'intéresser de près et acquérir des hôpitaux chirurgicaux mobiles du même type, ou sous forme de variantes.